La petite dernière

Elle s’appelle Fatima Daas. Elle est née en France. Elle fait partie d’une famille algérienne et musulmane. Elle s’appelle Fatima Daas. Elle porte le nom d’un personnage symbolique en islam. Elle s’appelle Fatima Daas. Elle est asthmatique allergique. Elle aime aussi les filles. 

Un roman court, dynamique et engagé. A travers des chapitres courts, Fatima Daas raconte des moments de sa vie, des souvenirs du quotidien et de l’enfance. Au début de la lecture, ce qui m’a le plus surprise, c’est l’enchaînement des phrases et le rythme que cela donne à la lecture. On bascule parfois d’un thème à l’autre sans comprendre le lien tout de suite. 

Ce roman, c’est un peu une mosaïque que l’on essaie de reconstituer avec les fragments de son histoire, qu’elle nous donne au fil des pages.

Chaque début de chapitre est signifié par “ Je m’appelle Fatima Daas” qui sert de mantra tout au long du roman pour en quelque sorte se re-situer, se persuader, se définir. Puisqu’il s’agit de ça, il s’agit d’assembler les différentes parties de sa propre personne qui parfois ne semble pas collées.

Un texte engagé, violent, à la fois dans sa structure que dans le sujet abordé. Il est complètement dans l’air du temps. Il reflète le conflit intérieur que vivent de nombreuses jeunes femmes aujourd’hui. 

Un premier roman fort. Vous avez lu vous aussi des premier roman d’auteur qui vous ont marqué, souvent, je trouve que ce sont les plus forts, les plus intenses et porteur de sens. J’ai le souvenir de La vraie vie, dAdeline Dieudonné qui m’avait aussi beaucoup touché.

Et vous, vous avez des titres qui restent gravés et qui font écho quelques fois et reviennent dans vos esprits ?

À l’aventure avec l’ordre de minuit

      L’ordre de minuit est un collectif de femme à travers le monde qui protège l’humanité contre les forces du mal. Un cercle de sorcières qui lutte contre des monstres et des chimères issus de légendes ou non. 

Plusieurs illustrateurs et scénaristes se relaient pour nous faire voyager à travers leurs univers. Toutes les histoires sont reliés par un thème commun: « l’ordre de minuit », ce qui laisse la possibilité aux auteurs de créer des univers graphiques totalement différents les uns des autres. C’était un coup de coeur mais en même temps, je pense que je suis clairement le public cible de ce genre d’ouvrage.

On reste avec l’envie d’en savoir plus sur l’ordre de minuit, on a envie d’une histoire qui nous raconte un peu les origines et le fonctionnement de l’ordre. Pour l’instant ça reste un peu flou. Ce serait le seul défaut que je pourrais trouver à cette saga. Mais en même temps, le but n’était pas de raconter l’histoire de l’ordre mais d’avoir un aperçu de leurs aventures.

Petit bonus, avec les pages « culture » qui nous font un petit topo sur les légendes ou les sociétés évoqués dans les scénarios.

Une très bonne série qui fait découvrir beaucoup d’auteurs et d’illustrateurs différents. Comme à chaque fois, merci à Label 619 et aux éditions Ankama pour leurs belles publications !

Thornhill

Première lecture d’automne pour cette année et peut-être la dernière vu mon rythme de lecture et d’écriture de ces derniers temps.

Thornhill est un roman qui intrigue. L’objet livre est un beau pavé de 544 pages et doté d’une couverture attirante en noir et blanc et rigide. La moitié du livre est composée d’illustrations.

1982, Mary vit à Thornhill, un orphelinat. Nous allons lire les pages du journal de Mary qui nous écrit depuis sa chambre, le seul endroit où elle se sent bien. Parmi ses poupées, qu’elle fabrique elle-même, Mary se console du harcèlement qu’elle subit chaque jour. « Elle », puisqu’on ne la mentionne jamais, passe sont temps à humilier Mary. Malgré tout ses appels à l’aide, aucun adulte ne prête assez d’attention au problème. S’ajoute à cette histoire, celle d’Ella…

Nous sommes en 2017 et Ella emménage dans la maison voisine de l’orphelinat, devenue une vieille bâtisse abandonnée. Ella se sent seule, sa mère est décédée et son père est très souvent absent. Elle passe le plus claire de son temps à observer Thornhill par la fenêtre de sa chambre. Toutes les parties de l’histoire qui se passent en 2017 sont retranscrites en illustrations. On imagine dès le début que ces deux histoires sont étroitement liées d’une façon étrange. 

La quatrième de couverture ne nous ment pas, le roman entretien la tension dramatique du début à la fin. Les deux formes narrative, que sont l’illustration et le texte, définissent parfaitement les deux temporalités. De plus l’illustration réussit bien à nous transmettre le suspens de certaines scènes, je les ai trouvé très bien. L’atmosphère gothique de l’orphelinat laisse planer le fantastique. Mary et Ella sont attachantes, deux destins solitaires qui se croisent. Bon roman, très prenant et pas mal pour Halloween!

C’est quoi vos lectures d’automne pour 2020 ?

Des Bises

Aime ton prochain

Un petit avis rapide sur le blog pour cette BD ! Marie a suivi une éducation très catholique, elle fait partie d’une famille qui respecte tous les standards imposés aux familles des années 60. Mais elle ne l’entendra pas de la même manière, Marie sort des codes, elle a un surplus d’amour à offrir, elle aime beaucoup, elle aime l’amour, elle aime le sexe et ne compte pas se contraindre aux diktats et aux conformités que “doivent” suivre les femmes de l’époque. A travers plusieurs tranches de vie de Marie et sur 30 ans nous allons suivre ses amours en abordant des thématiques autour de l’identité et de la sexualité: transgenre, pansexualité, homosexualité, religions …


Marie transmet énormément de tolérance et de bienveillance par le biais de son amour. J’adore ce type de personnages. Je ne m’attendais pas à grand chose avec ce roman graphique, mais je suis agréablement surprise. Gros bonus pour les couleurs et le dessin.
Des lecteurs qui passent par là et qui ont lu cette BD ?

Un Sherlock comme on les aime

Dans la tête de Sherlock. – Cyril Lieron & Benoît Dahan. – Ankama Éditions. – 48 p. – 14.99 €


Dans la tête de Sherlock ! Oui exactement, la BD nous emmène dans les confins du palais mental de Sherlock,  à travers une enquêtes pleines de suspens.On retrouve tous les codes auxquelles Arthur Conan Doyle nous a habitué. Ce Sherlock m’a beaucoup rappelé celui de la série Sherlock avec Benedict Cumberbatch et Martin Freeman. 
Un homme est retrouvée divaguant dans la rue en chemise de nuit avec une pantoufle de femmes et des égratignures. C’est ainsi que commence l’enquête. A partir d’ici les auteurs nous montrent les cheminements de pensées de Sherlock et surtout comment il gère et range ces indices. Alors moi, bibliothécaire et fan d’organisation sur mon temps libre, j’étais aux anges! Les dessins sont merveilleusement réalisé, ça ne pouvait pas être mieux. C’est exactement comme ça que je m’imaginais le palais mental de Sherlock et c’était un régal de le voir illustré par Benoît Dahan. Il a également travaillé sur la BD Psycho investigateur, que je vais lire sans tarder.
En tout cas, je conseil cette BD à tous les fans d’enquêtes. C’est un premier tome, l’affaire sera résolue, on l’espère, dans le tome 2. Vivement ! 

Les Ogres Dieux

Hello les amis,


Aujourd’hui on se retrouve après un long mois de silence, avec le point BD N°3. Avec cette absence, j’ai eu le temps de lire beaucoup de chose alors on commence par cette série en 3 tomes du scénariste Hubert et de l’illustrateur Bertrand Gatignol.

Les Ogres Dieux – Hubert & Gatignol –Editions Soleil Production – 170 p.
    La première chose que l’on remarque et que l’on apprécie en commençant cette BD ce sont les dessins. Bertrand Gatignol maîtrise parfaitement le contraste entre noir, gris et blanc et nous plonge dans l’univers majestueux des Ogres-Dieux. Petit est le fils du roi des Ogres, mais il vit reclus avec sa tante car Petit et trop petit pour être un Ogres-Dieux. Il est légèrement plus grand qu’un être humain. Aucune “case” ne lui correspond. Il doit se cacher de son père atteint par la stupidité causé par la consanguinité des ogres.       Le récit de Petit est entrecoupé de biographies familiales qui permettent d’en apprendre plus sur les aïeux de Petit. A l’image des anciens contes, les Ogres-Dieux est sombre et cruel. C’est une fable gothique abordant la question de la normalité, accompagné de dessins traduisant un univers riche similaire au notre sur certains points. 
      On a beaucoup entendu parler de cette série sur les réseaux, l’avez-vous lu et suivi les aventures de Petit ?

Je vous souhaite pleins de belles choses.

Des bises

Les filles de Salem


Les Filles de Salem
 – Thomas Guibert 
Editions Dargaud – 200 p. – 22 Euros


1692, Salem, en Nouvelle-Angleterre. Abigail a 17 ans et nous livre sa vision du procès des sorcières de Salem dont elle a été victime. A travers son histoire, elle nous plonge dans la misère et la détresse de tout un village où peur et suspicion sont quotidien. Même si le rapport à l’histoire n’est pas très correct sur certains points on retrouve des personnages comme Tituba, le révérend Parris, Abigail Hobbs. Il y a des passages qui sont très violents et cette violence est retranscrite dans le dessin. C’est une lecture intense qui passe un message important (qu’il ne faut pas oublier) concernant l’hystérie généralisée engendrée par le désespoir.

Ma lecture était vraiment très agréable car en parallèle j’ai lu Sorcières, la puissance invaincue des femmes de Mona Chollet. Avant ma lecture j’ai également écouté le Podcast La Poudre, les épisodes sur les sorcières 1 et 2 qui parlent justement du livre de Mona Chollet et du personnage de Tituba que l’on retrouve dans la Bande-dessinée.

   Si vous ne connaissez pas ce podcast je vous le conseil x 1000. En ce moment les podcasts prolifèrent, on ne sait plus trop où donner de la tête, mais si il y en a un à écouter à propos de femmes et de féminisme c’est lui. La Poudre c’est un petit cocon et une présentatrice qui rend les moments d’écoute très doux et très intimes. Différents thèmes y sont abordés avec comme point central la femme. Elle termine toujours ces podcast avec ca petite question  » La poudre, ça représente quoi pour toi ?  » Et j’ai adoré la réponse de Mona Chollet qui nous dit que la poudre peut représenter la poudre à canon mais aussi la poudre que l’on met sur le visage. Une petite dédicace à tous les mouvements féministes qui éclatent en ce moment.

Voilà, voilà, est-ce que vous avez eu l’occasion de lire cette BD ou d’écouter ce podcast, qu’en avez vous pensé ? Des conseils lectures dans le même genre ?

Des Bises les amis

La société chasse encore les sorcières

Hello les amis, aujourd’hui on se retrouve pour discuter d’une de mes meilleures lectures de 2019, un essai féministe. 
“La société chasse encore les sorcières”, c’est ce que Mona Chollet va nous expliquer dans cet essai. Elle va développer l’impact qu’exerce le mythe de la sorcière dans nos sociétés. La femme indépendante, seule, sans enfants, âgée, la femme qui vit pour elle même en fait. Après avoir lu un petit topo sur les sorcières, les procès et le contexte historique, on va se plonger dans les trois grands axes principaux: le premier mettra en lumière la femme indépendante qui travaille et réussit professionnellement, parfois au détriment de sa vie de famille, parfois non; Le second est dédié aux femmes qui n’ont pas d’enfant ou qui n’en veulent pas et qui dans notre société sont perçue comme des « femmes qui ont échoué dans leur rôle principal de femme » ; et enfin le troisième axe et aussi mon préféré, se développe autour de la vieille femme, de l’attrait pour la jeunesse concernant les femmes en tout cas. La peur de l’expérience, de la sagesse chez la femme. 

Évidemment, on reste ici sur la vision occidentale de la femme, il y a certainement des points différents sur les autres parties du globes. 

En tant que femmes on se sent forcément concernés par les sujets développés et c’est effrayant de se rendre compte qu’après tout ce temps nous sommes encore témoins/victimes de ces diktats. Quotidiennement nous sommes confrontés à des réflexions, des jugements, des préjugés, liés à nos désirs, nos modes de vies, globalement, nos choix. Et c’est vrai que comprendre d’où viennent ces réactions est parfois compliqué surtout quand on en est victime. Je ne sais pas si les théories exposées sont réelles mais elles sont convaincantes.
Le style ensorcelant de Mona Chollet rend cet essai très abordable et surtout très addictif. Elle nous entraîne habillement vers des réflexions pertinentes sur la vision de la femme dans nos sociétés. 


Et enfin, je suis obligée de vous parler des notes de bas de pages qui ouvrent un large éventail de lectures annexes. En sortant de cette lecture ma carte bancaire a chauffé dans les librairies puisque je me suis offert pas mal d’ouvrages sur le thème des sorcières ainsi que d’autre essais sur le tabou du plaisir féminin. Mon prochain essai sera tout de même encore de Mona Chollet puisqu’il s’agit de Beauté fatale: les nouveaux visages d’une aliénation féminine. 
Je vous conseille évidements cette lecture pour vous en faire un avis personnel. Et pour ceux qui écoutent des podcasts, Mona Chollet est interviewée dans La Poudre pour la série de podcasts sur les sorcières. Un vrai régal. 


Alors vous en avez pensez quoi de cet essai qui a fait exploser les ventes ? 


Des bises 
Cass

Max


Max , Sarah Cohen-Scali  _ Editions Gallimard _ 15.90 € – 480 pages 
Prix sorcières 2013

   « 19 avril 1936. Bientôt minuit. Je vais naître dans une minute exactement. Je vais voir le jour le 20 avril. Date anniversaire de notre Fürher. Je serai ainsi béni des dieux germaniques et l’on verra en moi le premier-né de la race suprême.” 
    C’est avec ces quelques lignes que nous faisons connaissance avec Max. Max est née lors du programme “lebensborn” initié par Himmler. Ce programme avait pour objectif de donner naissance à  des représentants  parfait de la “race aryenne”. Max est l’un d’entre eux, parfait prototype, il nous raconte les premières années de sa vie où petit garçon il est élevé dans l’idéologie nazis. D’institution en institution nous découvrons le mécanisme du IIIe Reich pour aboutir à ce que l’on connaît. 
    L’évolution du personnage formaté prend du temps. Sa conception du bien et du mal est erronée ainsi que celle du “mal pour un bien”. Il se rend compte petit à petit de ce que tout cela signifie, des conditions de sa naissance, des réponses qui paraissaient logiques et qui ne le sont plus en grandissant. 
   Nous abordons la seconde guerre mondiale d’un point de vue différent qui est celui d’un garçon de la jeunesse hitlérienne, fier de son père le Furher et de sa mère l’Allemagne qui prendra conscience du drame dont il fait partie. 
   C’est un roman choc qui mérite d’être lu, à mettre entre les mains d’un lecteur avertit.

   Vous en avez pensé quoi vous ? Envie de le lire ?


Des Bises

Point cardinal

           Leonor de Recondo, musicienne de métier nous offre, encore une fois un roman, malgré les apparences au début, plein d’émotion et de bons sentiments. Elle va nous raconter l’intimité de Laurent. Laurent est marié à Solange avec qui il a eu deux enfants. Il mène une vie tranquille, mais cela ne lui ressemble pas. Laurent se sent Mathilda depuis aussi loin qu’il se souvienne. Mathilda prend de plus en plus de place dans la vie de Laurent jusqu’à le remplacer totalement. Le thème de la trans-identité y est abordé de façon poétique et très intime. L’intime joue un rôle primordial, pas l’intime au sens premier où l’on peut l’entendre mais l’intime des sentiments et des ressentis qu’il acquiert avec Solange après cette révélation. Car pour la première fois, « Lauren » se dévoile entièrement et sans filtre. Comme toujours avec Leonor de Recondo, on passe par une palette d’émotions. On pleure, on rit, on est sensible à cette relation juste et touchante. En fait, je ne pouvais pas m’empêcher de me mettre à la place de Solange et d’être sous le choc de l’annonce. Il y a un moment notamment qui est vraiment très honnête dans les sentiments qu’il nous procure. Ce sont les chapitres ou Solange “traque” et “découvre”. Il y a un tourbillon d’émotions qui ne nous laisse pas indifférent. J’ai beaucoup pleuré lors de la lecture, le moment ou Solange découvre que depuis des années Laurent se cache, qu’il ne se reconnaît pas en lui même et qu’elle ne l’avait pas aperçus est très fort.

Au-delà du thème de la trans-identité qui y est abordé sans détour c’est plus ce côté de l’intime et de la proximité toute nouvelle avec son épouse Solange qui m’a touché. Leonor de Recondo a se talent de nous transmettre un tas d’émotions, comme pour son roman Pietra Viva, je n’ai pas été déçu du tout et j’irais même à dire que je vous le conseil. ; ) 

Des Bises