La petite dernière

Elle s’appelle Fatima Daas. Elle est née en France. Elle fait partie d’une famille algérienne et musulmane. Elle s’appelle Fatima Daas. Elle porte le nom d’un personnage symbolique en islam. Elle s’appelle Fatima Daas. Elle est asthmatique allergique. Elle aime aussi les filles. 

Un roman court, dynamique et engagé. A travers des chapitres courts, Fatima Daas raconte des moments de sa vie, des souvenirs du quotidien et de l’enfance. Au début de la lecture, ce qui m’a le plus surprise, c’est l’enchaînement des phrases et le rythme que cela donne à la lecture. On bascule parfois d’un thème à l’autre sans comprendre le lien tout de suite. 

Ce roman, c’est un peu une mosaïque que l’on essaie de reconstituer avec les fragments de son histoire, qu’elle nous donne au fil des pages.

Chaque début de chapitre est signifié par “ Je m’appelle Fatima Daas” qui sert de mantra tout au long du roman pour en quelque sorte se re-situer, se persuader, se définir. Puisqu’il s’agit de ça, il s’agit d’assembler les différentes parties de sa propre personne qui parfois ne semble pas collées.

Un texte engagé, violent, à la fois dans sa structure que dans le sujet abordé. Il est complètement dans l’air du temps. Il reflète le conflit intérieur que vivent de nombreuses jeunes femmes aujourd’hui. 

Un premier roman fort. Vous avez lu vous aussi des premier roman d’auteur qui vous ont marqué, souvent, je trouve que ce sont les plus forts, les plus intenses et porteur de sens. J’ai le souvenir de La vraie vie, dAdeline Dieudonné qui m’avait aussi beaucoup touché.

Et vous, vous avez des titres qui restent gravés et qui font écho quelques fois et reviennent dans vos esprits ?

Thornhill

Première lecture d’automne pour cette année et peut-être la dernière vu mon rythme de lecture et d’écriture de ces derniers temps.

Thornhill est un roman qui intrigue. L’objet livre est un beau pavé de 544 pages et doté d’une couverture attirante en noir et blanc et rigide. La moitié du livre est composée d’illustrations.

1982, Mary vit à Thornhill, un orphelinat. Nous allons lire les pages du journal de Mary qui nous écrit depuis sa chambre, le seul endroit où elle se sent bien. Parmi ses poupées, qu’elle fabrique elle-même, Mary se console du harcèlement qu’elle subit chaque jour. « Elle », puisqu’on ne la mentionne jamais, passe sont temps à humilier Mary. Malgré tout ses appels à l’aide, aucun adulte ne prête assez d’attention au problème. S’ajoute à cette histoire, celle d’Ella…

Nous sommes en 2017 et Ella emménage dans la maison voisine de l’orphelinat, devenue une vieille bâtisse abandonnée. Ella se sent seule, sa mère est décédée et son père est très souvent absent. Elle passe le plus claire de son temps à observer Thornhill par la fenêtre de sa chambre. Toutes les parties de l’histoire qui se passent en 2017 sont retranscrites en illustrations. On imagine dès le début que ces deux histoires sont étroitement liées d’une façon étrange. 

La quatrième de couverture ne nous ment pas, le roman entretien la tension dramatique du début à la fin. Les deux formes narrative, que sont l’illustration et le texte, définissent parfaitement les deux temporalités. De plus l’illustration réussit bien à nous transmettre le suspens de certaines scènes, je les ai trouvé très bien. L’atmosphère gothique de l’orphelinat laisse planer le fantastique. Mary et Ella sont attachantes, deux destins solitaires qui se croisent. Bon roman, très prenant et pas mal pour Halloween!

C’est quoi vos lectures d’automne pour 2020 ?

Des Bises

Les filles de Salem


Les Filles de Salem
 – Thomas Guibert 
Editions Dargaud – 200 p. – 22 Euros


1692, Salem, en Nouvelle-Angleterre. Abigail a 17 ans et nous livre sa vision du procès des sorcières de Salem dont elle a été victime. A travers son histoire, elle nous plonge dans la misère et la détresse de tout un village où peur et suspicion sont quotidien. Même si le rapport à l’histoire n’est pas très correct sur certains points on retrouve des personnages comme Tituba, le révérend Parris, Abigail Hobbs. Il y a des passages qui sont très violents et cette violence est retranscrite dans le dessin. C’est une lecture intense qui passe un message important (qu’il ne faut pas oublier) concernant l’hystérie généralisée engendrée par le désespoir.

Ma lecture était vraiment très agréable car en parallèle j’ai lu Sorcières, la puissance invaincue des femmes de Mona Chollet. Avant ma lecture j’ai également écouté le Podcast La Poudre, les épisodes sur les sorcières 1 et 2 qui parlent justement du livre de Mona Chollet et du personnage de Tituba que l’on retrouve dans la Bande-dessinée.

   Si vous ne connaissez pas ce podcast je vous le conseil x 1000. En ce moment les podcasts prolifèrent, on ne sait plus trop où donner de la tête, mais si il y en a un à écouter à propos de femmes et de féminisme c’est lui. La Poudre c’est un petit cocon et une présentatrice qui rend les moments d’écoute très doux et très intimes. Différents thèmes y sont abordés avec comme point central la femme. Elle termine toujours ces podcast avec ca petite question  » La poudre, ça représente quoi pour toi ?  » Et j’ai adoré la réponse de Mona Chollet qui nous dit que la poudre peut représenter la poudre à canon mais aussi la poudre que l’on met sur le visage. Une petite dédicace à tous les mouvements féministes qui éclatent en ce moment.

Voilà, voilà, est-ce que vous avez eu l’occasion de lire cette BD ou d’écouter ce podcast, qu’en avez vous pensé ? Des conseils lectures dans le même genre ?

Des Bises les amis

Max


Max , Sarah Cohen-Scali  _ Editions Gallimard _ 15.90 € – 480 pages 
Prix sorcières 2013

   « 19 avril 1936. Bientôt minuit. Je vais naître dans une minute exactement. Je vais voir le jour le 20 avril. Date anniversaire de notre Fürher. Je serai ainsi béni des dieux germaniques et l’on verra en moi le premier-né de la race suprême.” 
    C’est avec ces quelques lignes que nous faisons connaissance avec Max. Max est née lors du programme “lebensborn” initié par Himmler. Ce programme avait pour objectif de donner naissance à  des représentants  parfait de la “race aryenne”. Max est l’un d’entre eux, parfait prototype, il nous raconte les premières années de sa vie où petit garçon il est élevé dans l’idéologie nazis. D’institution en institution nous découvrons le mécanisme du IIIe Reich pour aboutir à ce que l’on connaît. 
    L’évolution du personnage formaté prend du temps. Sa conception du bien et du mal est erronée ainsi que celle du “mal pour un bien”. Il se rend compte petit à petit de ce que tout cela signifie, des conditions de sa naissance, des réponses qui paraissaient logiques et qui ne le sont plus en grandissant. 
   Nous abordons la seconde guerre mondiale d’un point de vue différent qui est celui d’un garçon de la jeunesse hitlérienne, fier de son père le Furher et de sa mère l’Allemagne qui prendra conscience du drame dont il fait partie. 
   C’est un roman choc qui mérite d’être lu, à mettre entre les mains d’un lecteur avertit.

   Vous en avez pensé quoi vous ? Envie de le lire ?


Des Bises